Au Bonheur des Mômes et des plus grands !

Je vais vous raconter l’histoire d’un festival particulier qui se tient depuis 26 ans au Grand-Bornand, petit village de 2.000 habitants situé dans les montagnes françaises de Haute-Savoie.

A part quelques chalets, des montagnes et des routes sinueuses, je n’avais pas vraiment idée de ce qui allait m’attendre là-bas sur place. On peut s’imaginer un festival pour enfants, avec plein d’activités, des spectacles en rue et bien entendu, des bambins partout. Mais il y a ce petit « plus » qui m’a retourné, et que je souhaite vous partager. Une bonne semaine après mon retour, j’ai enfin les mots pour expliquer tout cela. Et c’est ici que je me rends compte à quel point une semaine vécue aussi intensément peut sembler longue au moment même, et déjà si lointaine aujourd’hui.

La faute à ma sœur

Cela fait plusieurs années que j’entends parler de ce mystérieux festival, prenant place chaque dernière semaine du mois d’août. Ma sœur Idoya en revient toujours émerveillée. Et elle ne peut s’empêcher d’en parler à tout le monde, et avec raison ! Au fil du temps, elle s’est faite une place dans la fameuse Belgerie, comprenez, la quarantaine de belges parmi les 400 bénévoles du Festival « Au Bonheur des Mômes « .

Cette (pas si petite) délégation du Nord est guidée par Sylvie, la décoratrice en chef de tout le festival. C’est simple, tous les fanions, les vaches en papier mâché, les jeux, les décors en tout genres, c’est elle qui les pense, les crée, les répare, les adapte… Le travail d’une vie où chaque bout de bois ou de métal récupéré peut servir pour faire renaître un nouveau jouet ou offrir un univers féerique aux enfants de tout âge.

Grossièrement résumé, Sylvie maintient l’identité ludique et fantastique du festival depuis plus de 20 ans. Et c’est tout naturellement vers ses collègues de l’école Decroly qu’elle va puiser les ressources physiques pour peindre, clouer, transporter, monter, démonter … toutes les structures qu’elle s’imagine. Une prouesse technique dotée d’une imagination sans fin qui rencontre les envies des bénévoles sur place ; une fois disposés autour des tentes, ces objets inertes prennent tout leur sens et s’offrent une nouvelle vie, dans l’attente des premiers participants au Festival: les enfants et leurs parents !

Sylvie qui connaît Idoya qui connaît Zoltán … Prenez ce tissu relationnel, et multipliez-le par 10, par 100, et vous comprendrez comment une seule et même personne arrive à rassembler des dizaines d’autres, hyper motivées, dans un projet qui touche à des thèmes passionnants, avec cet objectif; offrir un cadre serein et original – le tout dans la bienveillance, la découverte et la magie des spectacles.

Le Grand-Bornand, en été

Connu des spécialistes pour ses pistes de ski, le village du Grand-Bornand (1.300 m) reste un lieu calme et discret pendant l’été. Cette discrétion qui fait économiquement mal aux acteurs locaux, obligés de tout donner pendant la période hivernale pour s’assurer des printemps sereins.

Après plusieurs essais non confirmés, Alain Benzoni, dit « Benzo », organisateur du Festival, est recontacté en 1991 pour préparer ce qui sera la première des 26 éditions de « Au Bonheur des Mômes ».
Le Maire du Grand-Bo’ croit en ce projet et accepte les requêtes de Benzo, en donnant de toute son énergie pour garantir le succès de cette entreprise unique en son genre ; rassembler pendant une semaine dans le village un maximum d’artistes, de jeux et de divertissements pour des enfants de tout âge ! La dernière semaine des vacances d’été semble ravir les commerçants et les vacanciers. Y a plus qu’à !

Oh la vache !

Le Grand Bo’, c’est aussi un florilège de streetart sur le thème de la vache. On ne traverse pas une rue sans s’arrêter devant ces dessins sympathiques, parfois plus sombres. J’en reparlerai plus longuement une prochaine fois, c’est très surprenant.

Des spectacles, partout, tout le temps

Au Bonheur des Mômes 2017, on a dénombré 87 compagnies pour 453 représentations pendant 5 jours ! Ces chiffres hallucinants sont donc le fruit de longues collaborations et de recherches artistiques pour boucler une programmation parfaite. Il y en avait pour tous les goûts, et de tous les pays ; France, Allemagne, Pologne, Espagne, Italie… et même du Japon – Petit coup de cœur pour une troupe toulousaine, j’y reviendrai sur ce blog.

Des théâtres de rue, des marionnettistes, de la jonglerie, des clowns, … pas moyen de se tourner les pouces, ce festival transforme le village en spectacle grandeur nature, pour le plus grand bonheur des mômes, évidemment.

Le tout gratuitement, enfin presque

Si certains bénévoles travaillaient déjà d’arrache-pied toute la semaine précédant le festival, le plus gros de la troupe avait rendez-vous le samedi après-midi dans le fameux chapiteau Coup de Pouce pour y recevoir les dernières informations pratiques de l’équipe organisatrice, ainsi qu’un rappel des règles de bienveillance à garder pendant toute la semaine. On sourit et on reste disponible pour tous ! Voilà qui est dit…

Une année pas comme les autres pour Benzo et son équipe car, c’est le cœur serré qu’ils expliquaient les raisons du passage au payant, pour la première fois en 26 ans de festival. 20 euros pour la semaine, cela reste tout à fait abordable. Mais il y a toujours ce petit risque…  A plusieurs reprises, les raisons de sécurité (et la mise en place de checkpoints aux entrées du festival) ont été évoqués, avec plusieurs rappels du récent attentat de Barcelone. Il faut dire que le festival collabore étroitement avec la Catalogne depuis très longtemps.

Des bénévoles chouchoutés

La cantine de l’école du village servait de base arrière pour rencontrer tous les bénévoles. 5000 repas servis en une semaine ! Les cuisines ont chauffé, sans jamais fléchir. A un rythme effréné, le pain charcuterie/fromage du matin était suivi tous les jours de repas différents (entrée, plat, fromage, dessert) à midi et le soir, dont la fameuse tartiflette…

Chapeau bas aux équipes de l’intendance, visiblement habituées à préparer les repas pour les écoles des villages voisins également. La routine quoi !

L’horaire strict imposé par les fourneaux nous obligeait à adapter nos journées ; la plupart des tentes ouvraient à 10h du matin jusque 19h, avec en général, une pause vers midi. La fatigue du montage, des premières fêtes au Toupine’s bar (lieu de fête sacré réservé aux bénévoles après 22h) et les réveils parfois capricieux, offrent un cocktail de fatigue plutôt explosif, mais la semaine s’est terminée dans la bonne humeur, toujours sous le cagnard (plus de 30 degrés au soleil).

Une étape idéale pour sensibiliser les jeunes

A côté des animations et des spectacles, plusieurs ateliers étaient aussi proposés. On y trouve pêle-mêle de la création artistique (collage, peinture, travail du bois, etc), des jardins musicaux, de vieux jeux en bois et des stands de réflexions sur certaines problématiques.

Pendant toute la semaine, j’ai participé au stand de l’association Tourgether, qui proposait un parcours de sensibilisation au jeune public, sur les difficultés rencontrées au quotidien par les personnes en chaise roulante.

C’était leur 3ème édition au festival – et j’ai appris à connaître Matthis et Gwenaël, les deux initiateurs du projet. En une après-midi, le parcours était monté ; d’une tente à l’autre, les enfants allaient devoir tour à tour, ouvrir une porte, manœuvrer des virages étroits, espérer passer les graviers et les pavés, mesurer leur force dans les montées, modérer leur vitesse en descente, et par moment, devoir déplacer des obstacles au milieu du chemin, comme une poubelle ou cette poussette de bébé en travers de la route.

Une fois la petite carte postée dans la boite aux lettres (bien trop haute évidemment), la dernière épreuve s’apparentait à … un jeu d’enfant. En apparence seulement. Il fallait passer une simple marche. Pas très haute, mais suffisante que pour démoraliser les plus vantards d’entre eux ! De longues minutes s’écoulaient pour chaque enfant, dans l’espoir de comprendre l’astuce. Cette marche, il fallait la passer, pas le choix…

Avec deux chaises roulantes sur le terrain, nous devions coordonner 3 choses;

  1. Bien expliquer aux enfants la façon d’utiliser une chaise roulante,
  2. Accompagner l’enfant pendant tout le trajet, à la fois pour sa sécurité, mais aussi pour rassurer les parents, très attentifs sur « l’exploit » de leur progéniture,
  3. S’accorder un moment de debrief avec lui pour l’écouter et voir ce qu’il a appris de notre démarche. Cette minute était probablement la plus riche pour moi, à chaque fois.

Avec Madeleine et Romain, nous étions donc 5 pour animer ce parcours. Au fil des journées, on totalisait de plus en plus de participants, de 6 à 11 ans. Et malgré les 2 heures d’arrêt suite à la grosse pluie du jeudi après-midi, nous avons établi un beau record d’affluence ; 540 enfants en 5 jours !

Les dizaines de dessins, signatures et marques d’attention qui ont été laissés par les enfants et les parents n’ont fait que confirmer l’intention de notre démarche. La plupart des enfants a eu ce déclic « avant / après ».

Ce parcours était probablement le plus beau projet auquel j’ai participé cette année. Et j’ai hâte de pouvoir y retourner l’année prochaine. J’aurai certainement la chance de reparler de ce beau projet bientôt.

Rendez-vous l’année prochaine !

Quant au Bonheur des Mômes, on a plié bagages après avoir aidé – comme mon dos me le permettait – au démontage et au stockage de tous les fanions, toutes les vaches en papier mâché, et tous les jouets en bois. Ils sont au sec pour les 12 prochains mois dans l’entrepôt de Sylvie, qui pense déjà à l’année prochaine. Comme nous. Evidemment !

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