Une vraie goulash froide…

Parlement hongrois

Je n’avais plus écrit un mot à propos de la Hongrie depuis un an sur mon blog. Dégouté par les débilités politiques qui s’y jouent. Au début, je les notais, j’en rigolais un peu. Maintenant, cela me dépasse.

Parlement hongrois
Parlement - Budapest

Je tente ici un petit tour de l’actualité sur place, suite aux nombreux changements effectués par l’équipe de Viktor Orbán, le premier ministre hongrois. La presse internationale en parle beaucoup. Et vu les réformes en cours, ça ne risque pas de s’arrêter. La liberté menacée de la presse, la remise en question des fondements démocratiques, la position dominante d’un parti quasi unique au pouvoir (le Fidesz, soutenu par Jobbik), et une poussée violente d’un extrémisme radical sont des thèmes tendancieux qui confirment des années de marasmes économique et social qui n’en finissent plus. Les dirigeants actuels étant prêts à faire feu de tout bois pour s’accaparer une confiance aveugle de la population, avec des idées malsaines et nauséabondes; un repli identitaire dangereux, dramatique et en contradiction flagrante avec les valeurs européennes.

Ces 60 dernières années ont connu différents « printemps », vers une délivrance, une liberté des peuples. La Hongrie serait-elle entrain de devenir un nouveau laboratoire des extrêmes? Une perte de mémoire collective empêcherait la population d’y voir clair? Qu’aurait dit/fait Lajos Kossuth, héros de la révolution de 1848 face à l’Empire? Et Imre Nagy, Premier Ministre opposé aux idées de Moscou et exécuté deux ans après la révolte de 1956 contre les Communistes, aurait-il pu imaginer ce scénario catastrophe?

Lajos Kossuth
Lajos Kossuth

Tout deux ont combattu pour les libertés d’opinion en Hongrie. De nombreux monuments, des lieux publiques, des rues et avenues portent aujourd’hui leur nom. La fierté de tout un pays. Et aujourd’hui…. comment dire… … … #fail ?

Une vraie goulash froide…

Cette soupe hongroise, tintée de haines, de xénophobies et de délations, est de très mauvais goût. D’abord pour les habitants du pays eux-mêmes. La crise sans précédent qui les frappe creuse chaque jour un fossé de plus en plus large entre les « très riches », et la classe moyenne qui se paupérise à vue d’œil. Les slogans anti-roms ajoutent un goût amer à la goulash. Et les moins nantis, obligés de mendier pour survivre, sont priés de quitter le territoire des grandes villes (Budapest principalement), sinon l’amende – et les coups – suivent. S’en suit également une lourde loi qui sanctionne rétroactivement plusieurs élus ou anciens élus socialistes, pour leurs « crimes communistes » commis jusqu’en 1989.  Une sorte de pied-de-nez revanchard totalement anachronique. La voix est presque libre pour Orbán, car à côté de cela, il a déjà placé ses pions dans (presque) toutes les institutions importantes de l’Etat. Toute sauf la Banque Nationale Hongroise, dirigée par András Simor, fervent opposant au Premier Ministre (mais jusqu’à quand?).

Rajoutez à cela le changement de dénomination officielle, passant de la République de Hongrie à la « Hongrie », avec référence religieuse: « Que Dieu bénisse les Hongrois ». Inodore, presque incolore, mais qui va titiller les esprits des fans de Saint-Etienne…

Fini les mariages homosexuels, fini l’avortement, et j’en passe. Ça bout déjà.

Pire. Cela déborde de tous les côtés. Ce qui se joue actuellement à Budapest pourrait aussi crisper les relations avec les pays limitrophes. La Slovaquie et la Roumanie risquent gros. Le retour à la « Grande » Hongrie rêvée par certains. Une sorte de « revival » qui profite aux mouvements d’extrême-droite. Du pain béni pour Viktor l’Autoritaire et sa politique sécuritaire. En jouant un jeu de séduction depuis plus de 10 ans avec les Sicules (Hongrois de Roumanie vivant majoritairement en Transylvanie), Orbán pourrait espérer beaucoup de leur part.

Les manifestants déplorent une gouvernance despotique sans vision d’avenir, détruisant toutes les richesses du pays. Malgré une taxation hyper élevée (la plus haute en Europe), la déroute est manifeste.


Quant aux médias nationaux, ils sont muselés depuis un an par le pouvoir en place. De lourdes amendes sont déjà tombées (Klubrádio, principale radio d’opposition a du mettre la clé sous le paillasson). Deux journalistes ont entamé une grève de la faim depuis plusieurs jours, pour dénoncer ces excès. Ils ont été licenciés manu militari. Cela ne les empêche pas de continuer leur combat, et de rassembler une foule importante dans les rues de Budapest, hier soir encore. Les journaux d’états en ont parlé 1 minute en milieu de JT. La BBC en a fait son headline pendant plus de 10 minutes…. triste contraste.

Le Premier Ministre de cette « nouvelle » Hongrie va devoir poser des actes forts envers les Hongrois, pour éviter le pire. Mais ses derniers propos sur les aides financières du FMI et de l’Europe n’enchantent personne. Même Hillary Clinton a tenté de le calmer… Les agences ont encore dégradées la note du pays, les indicateurs économiques mènent tous vers un constat de faillite virtuelle du pays. Jusqu’où ira Viktor Orbán?

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photos: ZJ – Parlement & Kossuth

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