535 jours pour former un gouvernement? triste constat… #begov

Elio PremierOk, c’est fait. Il y a donc accord pour la formation d’un nouveau gouvernement en Belgique. Nous, peuple belge, nous sommes réduits à regarder très discrètement l’évolution de ce mélodrame politico-médiatique, à coup de #begov, #nogov et un #shame.

On doit se lever et applaudir? (Franchement…)

Certains médias se seraient plus à tirer la corde encore plus bas. A façonner toute une romance, genre tabloïd anglais, entre Di Rupo et De Wever, par exemple. Le maigre festin de gaufre et de nourriture équilibrée a privé l’appétit des journalistes les plus gourmands de bouffe sensationnelle. Non, nous ne serons pas manger à la sauce Bruneau… Quoi que…

A force de nous rabibocher l’esprit que « l’accord est proche », « les discussions vont bon train », « qu’on est à deux doigts d’un consensus »…, que penser? que dire? que faire surtout!

#cestjoelle ? (elle n’est même plus là pour le dire, trop lasse elle aussi).

On est fatigué, mais oui, nous avons un accord. Enfin.
Ou plutôt, « ils » ont un accord. Ceux qui tiraient la gueule hier sont les mêmes qui sourient aujourd’hui. Les rides en plus.

535 jours pour former un gouvernement? on se moque de nous?

Depuis juin 2010, et les élections provoquées qui ont propulsé la N-VA à +/- 30% des votes flamands, face au PS conforté en Wallonie et à Bruxelles, nous, petits citoyens, nous attendons. Au début des négociations, tout le monde était d’accord pour estimer que l’entente forcée entre Bart et Elio allait être détestable. Ce fut le cas. Et j’ai eu peur. En tant que Belge surtout. Je ne voyais que des menaces de toute part, des tentatives de récupérations totalement hors-propos. Bref, bien loin d’une sérénité indispensable pour travailler. Oui messieurs. On vous a demandé de vous mettre à table pour travailler. Pas pour manger uniquement. Ça peut paraitre dingue, mais c’est comme ça.

Pendant 535 jours, je suis aussi passé à table, tous les jours. J’ai probablement une chance que d’autres n’ont pas. Manger tous les jours à ma faim. Mais après la dernière gorgée d’eau ou de bière, je calcule parfois combien il me reste, car, il faut bien le payer, ce repas. C’est normal!

Il y a quelques mois de cela, lorsqu’un journal vous consacrait une double page sur vos habitudes alimentaires, vous étiez tout sourire sur la photo. Vous souriiez pour le travail accompli je suppose. Et il faut bien manger entre deux discussions. Bien sûr. Je m’en voudrais de vous voir crever de faim alors que vous tenez probablement les ficelles de notre Royaume entre les doigts.

Mais cela a du coûter cher, non? Moi, quand j’ai plus de sous (à la fin du mois en général), j’emporte des tartines, ou j’achète mon sandwich à 3€.  Avez-vous une seule fois sorti votre porte-feuille lors de vos interminables discussions de comptoir? (seule exception très médiatisée… c’est bien BDW qui invitait Reynders chez Bruneau il me semble…)

L’exemple du repas chaud de midi n’est que symbolique évidemment, mais combien ont coûté ces 535 jours de galères sans nom?

J’aimerais connaitre la facture totale reprenant le nombre de déplacement en voitures (de société!), de repas, de pièces chauffées, d’électricités, de sms (erronément) envoyés, de papiers imprimés, de bics usés…. sans compter les heures supplémentaires des dizaines de collaborateurs qui ont du dormir debout bon nombre de fois.

Je n’attends malheureusement pas de réponses car impossible à quantifier à mon sens. Mais cela m’énerve, car toutes ces tentatives de conciliations ont coûté très cher au contribuable. Ou plutôt, VA coûter très cher.

Playing with our balls…

A croire que les ulcères se rattrapent à table, les esprits ont souvent chauffés. On lit un peu partout, en fonction de la langue du média: « La faute aux libéraux flamands qui ont provoqué les élections – Alex t’as déconné! »; « Les socialistes wallons ne veulent faire aucun effort – Elio, voyons! »; « BHV n’est pas scindable »; « BHV sera scindé »; « Ciel bleu à Liège ce matin »…  De l’huile sur le feu face au média en manque, une formule classique que les dirigeants de partis utilisaient sans commune mesure pour exprimer leur impuissance face aux électeurs. « Bref, nous sommes bloqués »

– C’est malin, tiens.

Bloqués de devoir faire des concessions, perdre des acquis? Ou bloqués de perdre la face, et devoir honteusement avoué que les discussions ne mènent à rien « à cause de l’Autre » ? ou à cause de la conjoncture européenne, voire mondiale? – cela ne vous empêche pas de manger à votre faim chaque midi, messieurs. Nous par contre, on a attendu. Et le stress augmentait. Encore et encore.

– dites, vous avez des obligations envers nous, vous vous souvenez? nous, les électeurs, les citoyens, ceux qui se font ramasser quand ils ne payent pas leurs taxes à temps, vous voyez qui nous sommes?

– Appel au public? appel à un ami? 50/50?

Les démineurs royaux ont tour à tour récupéré puis recollé les pots cassés par les deux garnements du fond de la classe. Les médias étrangers nous décorent du bonnet d’âne. Un mérite qu’on ne décriera pas. C’est un fait. Nos politiciens ont joué avec le feu.

Et quand cela n’allait pas, c’était au Roi de s’énerver un bon coup. Il n’a pas lâché l’affaire, Albert. Et tant mieux.

– Et la santé des Belges dans tout ca?

Je ne sais pas trop. On n’a pas vraiment entendu de grosse colère. Il y a eu #Shame en janvier 2011. Euh, voila quoi. Pas de quoi fouetter un chat visiblement.  Un rassemblement virtuel aussi. On se donne bonne conscience. Depuis 535 jours, le Belge achète encore sa Jupiler, s’installe toujours dans le fauteuil à 19h, regarde Hakima présenté un semblant de JT, puis zappe à 19h35 et loupe le début parfois intéressant de la RTBF – tout en se disant que l’info est sensiblement la même, mais râle quand même d’avoir zappé trop tard – allez savoir pourquoi. Le Belge est râleur, mais pas trop. Avant y avait les Diables, Frimout et Baudouin. Aujourd’hui on a Place Royale, l’Amour dans le Pré et The Voice. Que demande le peuple!?

– Un Premier Ministre peut être?

Plus d’un an et demi plus tard!! … et après un sérieux stress – il en fallait bien un sur 535 jours – provoqué par une agence de notation pas gentille avec nous, et qui menaçait de dégrader notre beau pays. Oh les vilains! Et quelques jours après, c’est l’Europe qui réclamait des millions si on ne s’activait pas un peu avec notre budget. Oui, notre budget. Deux stress en deux jours, c’était donc ça le secret de la réussite??

…(Pour Dexia, on va dire que c’est « pas d’bol » aux communes qui y croyaient encore hein)… 3e stress, en fait.

En tout cas, Di Rupo a pu finaliser un accord, in extremis, grâce à une certaine méthodologie de travail acceptée par tous. J’avoue qu’il a affiché une résistance au stress toute épreuve. Chapeau bas.Je ne devrais pas m’inquiéter des autres négociateurs, étant donné les repas équilibrés qui leur étaient offerts.

Et bizarrement, quand tout va un peu mieux au 16 rue de la Loi, entre 50 et 80.000 belges manifestent…

Je récapitule: Di Rupo annonce un accord un jour, le lendemain, Leterme fait ses adieux (il avait l’air ultra zen au JT), et le surlendemain, les Belges font grève… ah pardon, une petite partie de la population vient « manifester » son désaveu face au « projet d’accord gouvernemental » qui n’est même pas encore officiellement approuvé.. !!! #killmenowplease

(Ne pas oublier de remercier ce valeureux Premier qui se fait lui (aussi) applaudir pour son interminable interim, et son ticket vers une instance un peu plus stable (?), l’OCDE…)

J’ai du mal à m’imaginer un futur gagnant et combatif de la part de la nouvelle équipe gouvernementale. Les enjeux sont énormes. L’économie va mal. La Chambre et le Sénat vont certainement jouer leur rôle, et la N-VA donnera du fil à retordre aux Ministres en place. Le jeu démocratique avec une forte opposition, qu’on l’admire ou non, va certainement pimenter les actions du Premier Ministre. On ne peut que s’en réjouir, à condition que les attaques nationalistes soient un rien constructives et intelligentes. Aucune certitude à ce niveau-là…

Alors que tout le monde va devoir passer à la caisse et se serrer la ceinture, nos politiques, eux, vont devoir continuer à sourire. Élections communales oblige. Esprits apaisés, vous dites?

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