Comme Toi, je suis le fruit de deux étrangers.

Lettre à toi, chère Belgique.

En ce beau jour de St-Valentin 2011, il est temps que je déclare mon amour deux fois.
A ma femme d’abord, à ma mère ensuite.

Non, chère Belgique, à toi, je n’ai rien à déclarer. Non pas que je ne le veuille pas. Non pas que tu m’ennuies politiquement, mais voilà, je fais le tour, je ressasse, je repense. Rien.
Enfin, si.
Tout.

Tout a déjà été dit.
Mais pas par moi. Certainement pas.

(…)

Cela vient de deux personnes. Un homme, une femme.
De l’Est, du Sud.
Un Valentin et sa Valentine.

Quelque part à une époque où les rotatives tournaient à pleine vitesse, et que la Reine d’Angleterre s’invitait dans les salons du monde entier, en noir et blanc.

Quelque part où la route de Bruxelles-Anvers passaient obligatoirement par les berges malinoises. A vélo de préférence. En mobylette aussi.

Quelque part à une période où les toges et les calottes s’enfuyaient pour la énième fois avec Manneken Pis sous les bras. Et qu’on le titrait en grand dans les journaux.

Une période où le moment présent était lourd de sens, suite à des années volées par des dictateurs malappris.

Je suis pourtant le fruit de ces paroles-là. Un fruit parmi tant.

Ce moment-là, cet endroit-là, ce sentiment-là, je ne l’ai vécu que dans un miroir. Celui de mes parents. Les mêmes, chère Belgique, qui t’ont exprimé tant de fois leur gratitude, que ce soit en Hongrois ou en Basque.

Leur amour aussi, peut-être. Même si leur (en-)vie était ailleurs.

Oui, toi, chère Belgique, tu es devenue leur terre « par défaut ». Pour fuir les saloperies franquistes ou communistes. Pour fonder famille aussi, pour mieux se souvenir par la suite. Si seulement Chronos le permet.

Comme moi, tu es aussi le fruit d’étrangers. Qui ne forment plus qu’un. Et ce savoureux mélange te donne une beauté unique. Ce caractère latin, germain, anglo-saxon, slaves et bien d’autres encore. Aujourd’hui, tout y passe. Ta multiculturalité m’a battu. Je ne suis « qu’un basco-hongrois » après tout 😉 Toi, tu es bien plus que ça!

Et ce constat ne suffit pourtant pas. J’ai beau te draguer quotidiennement, non, ca ne marche pas.
Les mesquineries politiques prennent le dessus, le cul dans le beurre. Celles qui font mal, celles qui semblent sortir d’une caricature. Celles qu’on ne veut pas croire, car trop injustes vis-à-vis de ceux qui ont réellement vécu la souffrance physique, morale, dégueulasse. Pour du beurre, justement.

Oui, ces politiciens d’aujourd’hui nous font un remake du « pain et des jeux » romain.
Et avec toi chère Belgique, on pleure (encore et toujours) de rire à chaque passage à l’Eurovision, mais on sent quand même notre cœur battre quand il s’agit de recevoir les « twelve points ». Quelque soit le résultat final d’ailleurs.

Manneken Pis, lui, il reste bien là.

C’est encore toi, chère Belgique, qui m’oblige à penser à tout cela, en permanence. Je n’avais pourtant rien à te dire, mais mon sentiment le plus profond est bien là.

Aujourd’hui, tu m’émoustilles.
Regarde ce trio surprenant: Espagne, Belgique, Hongrie.
Tu es prise en sandwich, tu fais de ta Bruxelloise en quelque sorte… (je m’égare).

Et même sans ta tête, tu te débrouilles magnifiquement bien aux yeux des « autres ». De quoi te rassurer a priori.
Si c’est comme en ’58, où ta flèche aurait du rester, j’espère cette fois que tu garderas les boules encore très longtemps.

Je t’aime bien ma petite Belgique, et si mes parents ont pu y construire mon avenir, je t’assure que ce n’est pas pour que je le laisse tomber demain.

A demain, chère Belgique.

ps: Ce billet est écrit suite à une demande originale de Charles, repris entre autre par Marie.

ps2: j’aurais pu m’étaler encore des heures durant, et tout ceci n’effleure que très légèrement toute la profondeur de mes pensées (cfr le (…) au milieu du texte). Je préfère réserver mes paroles à ceux qui me posent la question de vive voix.

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